29
Sep
09

De Nerval ou l’épanchement des songes dans la vie réelle

De prime abord, je dois avouer que je ne suis pas spécialement  amateur de poésie. Pour moi, ne valent que le romantisme et ses illustres icônes: Baudelaire, Hugo, De Vigny, Lamartine, Musset… je pourrais également citer Rimbaud et pousser jusqu’à Mallarmé dont un des mes amis ne cesse de me chanter les louanges…à voir…

Néanmoins, dans le domaine de la poésie, rien, je dis bien rien ne m’a touché comme a pu m’émouvoir Gérard de Nerval et son fameux El Desdichado, certains m’opposeront Myrtho, la divine enchanteresse et son port altier…Mais rien, à mon sens, n’atteint la perfection de :

EL DESDICHADO

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule
Etoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le
Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La
fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J’ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

 

Je ne saurai expliquer. C’est comme cela… Pour bien apprécier ce miracle, il faut l’apprendre par coeur et surtout le lire à haute voix. Après reste cette première strophe miraculeuse, mystérieuse et pourtant si évocatrice. Comment avait-on pu ne pas penser à ce soleil noir, aujourd’hui, représentation absolue et universelle de la mélancolie? À ce malheureux prince sans royaume? À la ténèbre? Le symbolisme à l’oeuvre dans les strophes suivantes…mais revient hanter le lecteur ce premier vers qui exprime toute la détresse de l’homme qui a tout perdu en butte au destin…

Puis le reste assombrit d’une pâle lumière cette strophe initiale apocalyptique mais calme, crépusculaire tel le repos qui accompagne le condamné à mort lors de sa dernière nuit…

Tout est parfait dans ce poème, une incroyable discipline et pourtant on sent une absolue liberté dans les thèmes choisis… que viennent faire cette sirène et cette reine alors qu’on parlait d’un prince…serait-ce le songe de ce qu’il a perdu, de ce qu’il ne sera jamais…Impossible à dire…

Puis ces références mythologiques… L’Achéron, Orphée… malgré ce destin d’homme esseulé, perdu, notre héros lutte, lutte contre la force du destin, contre l’irréversibilité des choses écrites quand bien même la fin connue. Enfin ces valeurs croisées, les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Magique, vous dis-je, miraculeux…une telle prosodie, un tel rythme…Une telle liberté malgré la forme…imposée…voilà le vrai génie…

Pourquoi ce poème m’obsède-t-il? Parce que je n’en percerai jamais tous les mystères…enfin quelque chose d’un peu abscons qui me remet humble…et qui pourtant me pousse à me battre…à continuer…quand bien même tout serait écrit, El Desdichado, c’est Sysiphe avant l’heure…une leçon de vie et d’esthétique à usage quotidien…

Cherea,


2 Responses to “De Nerval ou l’épanchement des songes dans la vie réelle”


  1. 1 Sébastien
    29/09/2009 à 16:32

    Ce qui fait la beauté de ce poème, c’est son titre mystérieux, El Desdichado, qui signifie le malheureux, le malchanceux, mais aussi le déshérité :

    “His suit of armour was formed of steel, richly inlaid with gold, and the device on his shield was a young oak-tree pulled up by the roots, with the Spanish word Desdichado, signifying Disinherited”.
    Son armure était formée d’acier, incrustée richement d’or, et son bouclier portait un jeune chêne déraciné, avec le mot espagnol Desdichado, signifiant Déshérité.

    http://www.etudes-litteraires.com/nerval-desdichado.php

    Il y a du Don Quichotte dans ce malheureux-là.

  2. 2 cherea
    29/09/2009 à 17:33

    Sébastien,

    en effet, on peut y voir du Quichotte dans le Desdichado, mais sa figure pour ma part est encore plus tragique, il n’y a pas d’humour comme chez le chevalier de Tolède…on sent une angoisse infinie, ici, thème romantique par excellence…

    À bientôt


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